Tulamben, Bali
Deux jours à Tulamben, un concentré de l’intensité de Bali. Photos ici.
On retourne à notre chambre, on avait oublié que c’était aussi beau. D’un côté les fleurs, les palmiers et l’océan pas trop loin. De l’autre le volcan Agung, le plus haut de Bali. On prend conscience que toutes les merveilles du monde sont condensées au pouce carré sur cette si petite île.
Nous sommes arrivés à Tulamben hier en début d’après-midi avec comme objectif de plonger l’épave du US Liberty, une épave datant de la 2e guerre mondiale qui repose toujours à seulement 50m de la rive. Au premier contact, bien qu’ayant un climat extrêmement chaud, Tulamben n’est pas très accueillant, voire froid. Des collines arides où rien ne pousse, une route étroite mal en point, une seule rue comme village où s’alignent bêtement une vingtaine de centres de plongée. On commence à faire le tour, ça empire. Les Balinais si accueillants partout sur l’île sont sincèrement désagréables dans les trois premiers endroits où l’on avait pensé dormir. D’une délicatesse en papier sablé, on nous envoie presque promener en essayant de nous mettre un beau matricule de touriste dans le front, numéro 4317, merci bonsoir, sort ton million de Roupies. Ça c’est quand on nous répond !
Puis je jase avec un jeune homme. Il nous fait tourner en rond un peu en nous faisant visiter des endroits déjà complets. On rigole, c’en est ridicule. On est presque décidé à oublier la plongée et retourner à Ubud. Et puis tout change, soudainement. On arrive dans un resort qui nous semble clairement hors de prix, le gérant nous accueille à bras ouverts. Il est tendre, chaleureux, on discute un peu et dix minutes plus tard, on a une superbe chambre et on va plonger demain matin. Le staff adorable nous accueille lui aussi avec un grand sourire.
Un peu plus tard, on apprend qu’ils ont perdu un des leurs la veille même. Un de leurs divemaster d’à peine 25 ans est mort dans un accident de moto. On compatis devant le drame si frais. Le lendemain, on rencontre Jink, notre guide divemaster au grand cœur. Il a perdu son bon ami la veille, ce n’est pas évident pour lui d’aller jouer dans l’eau avec les touristes. On plonge ensemble, la visibilité est très mauvaise, mais l’endroit est spectaculaire, unique. Le contraste entre la gigantesque carcasse de métal et la vie plus qu’abondante qui l’habite est fascinant. Le canon de la poupe fleurit maintenant de coraux multicolores et les poissons de toutes les tailles jouent aux matelots. On se faufile à travers les entrailles de fer du monstre. On fait deux plongées, notre nouvel ami Jink semble un peu perturbé (on le serait à moins), mais il reste très professionnel et attire notre attention sur une foule de petits détails. Vous irez voir les photos qu’il a prises avec notre appareil photo sous-marin.
Par hasard, j’entends parler d’une cérémonie de la pleine lune qui se déroule au temple du village le soir même. On suit notre feeling, on prend la moto et on y va. Le jeune garçon de la réception m’arrête, je n’ai pas le bon « outfit » il paraît. Il va enlever son propre sarong (espèce de jupe traditionnelle pour gars et fille) et me le prête comme ça, sur-le-champ ! Il revient 30 secondes plus tard avec des foulards et le traditionnel turban que portent les hommes. On est prêt. À l’entrée, on croise notre ami Jink qui est là avec sa famille et ses amis. On s’assoie près d’eux. On jurerait qu’ils sont venus voir un concert rock, ils s’écrivent des textos sur leurs cellulaires, ils vont faire du gambling à l’entrée, c’est hilarant ! Tout le monde du village est là, on se sent pas mal comme deux extra-terrestres blanc becs au milieu de la foule. Ils apportent des paniers d’offrandes immenses que les femmes transportent sur leur tête et ils sont vêtus de leurs plus beaux vêtements. Même les petits enfants ont leur beau petit kit tout neuf !
Bon, on n’a pas compris grand chose de ce qui se disait et on est resté assis dans la garnotte pendant quatre heures… Jink et son ami Ketut essayaient de nous expliquer un peu. On a compris que les cérémonies sont très très importantes pour les Balinais. Ils y consacrent 25% de leur salaire et énormément de temps et d’énergie. On a joué le jeu et on est revenu en ville avec nos grains de riz collés dans le front comme tout le monde !
On a réalisé qu’on vivait vraiment dans des univers différents quand ils m’ont dit que le salaire moyen d’une journée chez nous équivaut à leur salaire pour tout un mois… On a bien rit quand j’ai demandé à Jink s’il avait l’intention de se marier un jour. C’était comme si je lui avais demandé : « Ok, je t’offre un million de dollars à condition que tu acceptes de coucher avec Nathalie Portman ! »
En terminant, voici un bel exemple du vent de fraîcheur qu’on retrouve souvent à Bali, particulièrement à Ubud. Au déjeuner, je pose une question à notre généreux hôte Manik qui est venu jaser avec nous. Pourquoi les Balinais n’appellent jamais les visiteurs les étrangers ou les touristes, ils les appellent toujours les invités ? Il me répond tout simplement : « because we try to make friends ».

Commentaires
I love it!
lehou